Dans les coulisses d’un livre de recettes :
mon travail de photographe culinaire en édition
À ce jour, j’ai eu la chance de participer à la réalisation de 7 livres de recettes, dont 3 sont encore à paraître. Pour chacun d’eux, j’ai pris en charge l’ensemble de la création culinaire et visuelle : réalisation des recettes, stylisme culinaire et photographie. Sept projets, sept univers différents, qui m’ont permis d’explorer des directions artistiques très variées et de renforcer ce que j’aime particulièrement dans l’édition : m’adapter à chaque auteur, à sa cuisine et à son univers, tout en y apportant mon regard.
Des fourneaux à l’objectif : les coulisses d’un livre de cuisine
Quand on feuillette un livre de cuisine, tout paraît simple. Une recette, un joli plat, une belle lumière. Une photographie qui donne faim… et on tourne la page.
Pourtant, derrière chacune de ces images se cachent beaucoup de travail, d’anticipation et de petits détails auxquels on ne pense pas forcément.
Photographier un livre de recettes est très différent de réaliser quelques photographies culinaires pour une marque ou les réseaux sociaux. Il faut créer plusieurs dizaines d’images qui possèdent chacune leur propre personnalité, tout en construisant un univers suffisamment cohérent pour raconter une seule et même histoire.
Et surtout, mon travail ne commence pas lorsque je prends mon appareil photo, il débute bien avant.
Aujourd’hui, j’avais donc envie de vous emmener avec moi dans les coulisses de mon métier de photographe culinaire en édition et de vous montrer comment se déroule la réalisation des photographies d’un livre de recettes, de la réception du projet jusqu’à la livraison des images à la maison d’édition.
1 - Tout commence par le projet éditorial
Avant les photographies, il y a évidemment… le livre. Mais il y a surtout les personnes qui vont lui donner vie.
Au début de chaque nouvelle aventure éditoriale, je rencontre en visio l’auteur ou l’autrice du livre, accompagnée des éditrices. Dans mon cas, Caroline T. et Marie H. des éditions Albin Michel.
C’est un premier échange que j’aime beaucoup, parce qu’il permet tout simplement de faire connaissance, de se présenter et de commencer à parler du projet ensemble.On échange autour du livre, de son sujet, de l’univers de l’auteur, de sa cuisine, mais aussi de ses envies pour les photographies : les ambiances qu’il ou elle aime, ce qu’il souhaite transmettre, ses inspirations ou au contraire ce qu’il ne souhaite surtout pas retrouver dans son livre.
C’est aussi à ce moment-là que je commence à comprendre la personne qui se cache derrière les recettes et pour moi, c’est essentiel. Parce que mon rôle n’est pas d’imposer le même univers photographique à chaque ouvrage, mais au contraire de comprendre celui de l’auteur pour réussir à le traduire en images.
Avec les éditrices, nous abordons également toute la partie plus concrète du projet : le nombre de recettes à photographier, les photographies annexes, les éventuels portraits, les contraintes particulières, le planning de production et les grandes orientations visuelles du livre. Ce premier rendez-vous marque vraiment le début de l’aventure.
À ce stade, aucune recette n’est encore passée devant mon objectif, mais le livre commence déjà doucement à prendre forme dans ma tête.
2. Imaginer l’identité visuelle du livre
C’est probablement l’une des étapes que je préfère ^^
Avant de photographier la première recette, il faut imaginer l’univers dans lequel toutes les autres vont pouvoir vivre.
Je travaille donc sur la direction artistique du livre : les couleurs, les matières, les fonds, la vaisselle, les accessoires, le type de lumière ou encore l’ambiance générale.
Selon le projet, je peux travailler autour d’un univers très lumineux et épuré, quelque chose de plus brut, une ambiance vintage, contemporaine, colorée ou au contraire beaucoup plus naturelle.
Et c’est justement l’une des choses que j’aime le plus dans la photographie culinaire en édition : m’adapter à l’univers de chaque auteur.
Je ne cherche pas à reproduire la même esthétique d’un livre à l’autre. Au contraire, chaque nouveau projet est pour moi l’occasion d’entrer dans un univers différent, de comprendre la personnalité de l’auteur, sa cuisine, sa façon de transmettre et l’ambiance qu’il souhaite donner à son ouvrage.
Mon travail consiste alors à trouver la bonne manière de traduire tout cela en images, tout en y apportant mon regard de photographe.
C’est aussi ce qui me permet de passer d’un livre très lumineux et coloré à un univers plus brut, plus vintage ou plus minimaliste. Cette capacité à adapter ma photographie à des identités très différentes fait aujourd’hui partie intégrante de mon travail en édition.
Je prépare ensuite un moodboard qui va poser les premières intentions visuelles du livre.
Pour le construire, je commence par un vrai travail de recherche d’inspirations, notamment sur Pinterest. J’y rassemble des images qui m’interpellent pour leur lumière, leurs couleurs, leurs compositions, leurs matières, leur stylisme ou simplement pour une ambiance particulière.
Petit à petit, je remplis ce moodboard, j’affine mes choix et je fais émerger une direction visuelle cohérente avec l’univers de l’auteur et ses envies.
Ce moodboard devient alors notre fil conducteur : il permet de partager une vision commune avec l’auteur et les éditrices avant même de commencer les premières prises de vue.
Il ne s’agit évidemment pas de reproduire les images qui m’ont inspirée, mais de m’en servir comme point de départ pour construire notre propre univers visuel pour le livre.
Mais il y a une difficulté supplémentaire en édition : il ne suffit pas de créer une belle scène. Il faut en créer beaucoup et toutes doivent appartenir au même univers sans donner l’impression de regarder quarante fois la même photographie.
C’est là que commence réellement la réflexion éditoriale.
3. Lire et étudier toutes les recettes
Avant un shooting de livre, je passe énormément de temps à étudier les recettes.
Je regarde leurs ingrédients, leurs couleurs, leur texture, leur volume, leur mode de cuisson, le type de contenant qui pourrait fonctionner, mais aussi les éventuelles difficultés que je vais rencontrer au moment de les photographier. Certaines préparations peuvent attendre tranquillement leur tour alors que d’autres disposent de quelques minutes seulement avant de perdre leur texture ou leur aspect (sauce, glace, soufflé…)
Cette lecture me permet également de commencer à répartir mes choix de vaisselle, de fonds et de compositions. Si plusieurs recettes sont proches visuellement, je vais justement chercher à les différencier.
L’objectif est toujours le même : créer de la variété tout en conservant la cohérence du livre.
4. Construire le planning du shooting
Photographier plusieurs dizaines de recettes demande une organisation très précise. Je prépare donc mon planning en tenant compte des temps de préparation, de cuisson, de refroidissement ou de repos.
Certaines recettes peuvent être préparées en avance, d’autres doivent impérativement être réalisées juste avant la photographie et certaines nécessitent plusieurs étapes réparties sur plusieurs heures. Il faut donc jongler en permanence entre la cuisine et le studio.
Pendant qu’une préparation cuit, une autre refroidit. Pendant qu’un gâteau repose, je peux commencer le stylisme d’une autre recette. Tout doit s’enchaîner le plus intelligemment possible.
Sur un livre, les journées sont généralement très intenses, elle débute parfois à 7h du matin et cette organisation en amont permet justement de consacrer le maximum de temps à ce qui compte vraiment le jour du shooting : l’image.
5. Avant les photos… il faut cuisiner !
C’est probablement la partie de mon métier qui surprend le plus lorsque j’en parle. Selon les projets, je ne me contente pas de photographier les recettes, je les cuisine également. Je passe donc une grande partie de mes journées entre les fourneaux et mon appareil photo. Je commence généralement autour de 7h du matin et je termine aux alentours de 19h. Selon les recettes, je peux réaliser entre 8 et 12 recettes/photos par jour.
Je réalise les recettes en respectant les indications transmises par l’auteur, tout en gardant constamment en tête le résultat visuel final. Et c’est aussi à ce moment-là que la réalité de la cuisine peut parfois rattraper ce qui était prévu sur le papier.
Une texture peut être légèrement différente de celle imaginée, une cuisson peut demander quelques minutes supplémentaires, un gâteau peut décider de ne pas se démouler correctement… Il faut alors comprendre ce qui se passe, s’adapter et trouver une solution sans dénaturer la recette.
Parce qu’en photographie culinaire éditoriale, mon objectif n’est pas de styliser un plat qui serait uniquement joli devant l’appareil.
Il doit rester fidèle à la recette que le lecteur va réellement pouvoir reproduire chez lui.
6. Le stylisme culinaire et la mise en scène
Une fois la recette terminée arrive une autre étape essentielle : le stylisme culinaire et la construction de la scène.
Je vais donc commencer par travailler son dressage, ses volumes, ses textures et tous ces petits détails qui vont lui permettre de prendre vie en photo.
Cela peut être repositionner quelques ingrédients, ajouter un peu de sauce, travailler le mouvement d’une crème, choisir la bonne découpe ou simplement laisser volontairement quelques miettes autour d’un gâteau.
Je cherche rarement la perfection absolue. Ce qui m’intéresse davantage, c’est que la photographie reste gourmande, naturelle et vivante.
Vient ensuite tout ce qui va entourer la recette : le choix du fond, de la vaisselle, des couverts, des textiles et des différents accessoires.
Chaque élément est choisi en fonction de l’univers défini pour le livre, mais aussi de la recette elle-même. Une couleur peut venir réveiller un plat, une matière apporter du contraste, un accessoire créer une ligne dans l’image ou quelques ingrédients bruts simplement raconter un peu plus son histoire.
Et là encore, tout est une question d’équilibre, il faut savoir ajouter… mais surtout savoir enlever si c’est trop.
La mise en scène doit accompagner la recette sans jamais lui voler la vedette. Au final, le regard doit toujours revenir vers l’essentiel : le plat et l’envie qu’il provoque.
7. La lumière, la prise de vue… et les validations à distance
Ce n’est finalement qu’à ce moment-là que mon appareil photo entre véritablement en scène.
Je travaille la lumière pour révéler les volumes, les textures et les couleurs du plat. Je choisis ensuite le cadrage le plus adapté : vue du dessus, trois-quarts, prise de vue plus frontale ou détail très rapproché.
e réalise également mes prises de vue en connecté, ce qui me permet de visualiser chaque image directement sur mon ordinateur, de mieux maîtriser les détails et d’effectuer une première retouche légère avant de la partager aux éditrices et à l’auteur ou l’autrice pour validation.
Certaines recettes trouvent immédiatement leur angle. Pour d’autres, je vais déplacer une assiette de quelques centimètres, tourner un couvert, modifier légèrement la lumière, changer un élément de la composition ou reprendre une partie du dressage.
Et pendant tout ce processus, je ne travaille pas complètement seule. Tout au long du shooting, je partage régulièrement l’avancée des prises de vue avec l’équipe éditoriale.
Toutes les deux ou trois recettes environ, j’envoie via WhatsApp une photographie aux éditrices ainsi qu’à l’auteur ou l’autrice. Cela leur permet de suivre le shooting presque en temps réel, de découvrir l’évolution des images et surtout de vérifier que nous restons bien dans la direction artistique définie ensemble.
Si quelque chose doit être ajusté (une ambiance, un cadrage, un accessoire ou un détail dans la composition ) leurs retours me permettent de réagir immédiatement et d’adapter la suite du shooting.
C’est une façon de travailler que j’apprécie particulièrement parce qu’elle maintient un véritable travail d’équipe, même à distance et permet à chacun de rester impliqué dans la création du livre.
Sur plusieurs dizaines de recettes, ces points de validation réguliers sont aussi très rassurants car ils nous permettent d’avancer dans la même direction, image après image.
8. Ne pas oublier toutes les images qui racontent le livre
Un livre de recettes n’est pas uniquement constitué de photographies de plats terminés, il faut aussi créer des respirations.
Selon les projets, je réalise donc des photographies d’ingrédients, de gestes, de préparations en cours, de détails, de matières, de tables, de mains ou encore des portraits de l’auteur.
Ce sont parfois des images beaucoup plus simples, mais elles ont une importance énorme dans la narration du livre.
Elles permettent au graphiste de rythmer la maquette et donnent au lecteur l’impression d’entrer davantage dans l’univers de l’auteur.
C’est aussi ce qui transforme progressivement une succession de recettes en véritable ouvrage.
9. Après le shooting commence la post-production
Lorsque la dernière recette est photographiée, mon travail n’est pas terminé, loin de là !
Commence alors une étape beaucoup moins visible : le tri et la retouche des photographies.
Je sélectionne les images, ajuste les cadrages lorsque c’est nécessaire et travaille les couleurs, les contrastes, la lumière et les petits défauts qui peuvent distraire le regard.
Sur un projet éditorial, cette étape demande également de prendre beaucoup de recul. Les photographies doivent fonctionner individuellement, mais aussi ensemble.
Je veille donc particulièrement à l’harmonie générale : les blancs, les tonalités, les contrastes et l’intensité des couleurs doivent rester cohérents d’une image à l’autre.
Parce qu’une photographie n’existera bientôt plus seule sur mon écran, elle sera placée à côté d’une autre, puis d’une autre, au fil des pages du livre.
10. La livraison des photographies à la maison d’édition
Une fois les images finalisées, je prépare leur livraison.
Les fichiers sont exportés dans les formats demandés et surtout nommés clairement afin que chaque photographie puisse être immédiatement associée à sa recette.
Cela peut sembler être un détail, mais lorsqu’une équipe éditoriale doit manipuler plusieurs dizaines, voire centaines, de fichiers, une organisation rigoureuse fait gagner énormément de temps.
Les images partent ensuite entre les mains de la maison d’édition et du graphiste.
Et mon travail commence doucement à devenir… un livre.
Et puis un jour, le livre arrive
C’est probablement l’un des moments les plus particuliers de chaque projet.
Pendant des jours, j’ai vu les recettes dans ma cuisine, sur mon écran, dans Lightroom ou Photoshop. Je les ai cuisinées, dressées, déplacées, photographiées, sélectionnées puis retouchées. Et quelques mois plus tard, je les retrouve imprimées.
Je découvre la couverture, le papier, la mise en page, l’enchaînement des photographies… Et soudain, toutes ces journées de travail deviennent un objet que quelqu’un va pouvoir prendre dans ses mains, feuilleter, annoter, tacher peut-être en cuisinant… et conserver pendant des années.
C’est sans doute pour cela que j’aime autant travailler dans l’édition.
Photographe culinaire pour votre prochain livre de recettes ?
Aujourd’hui, j’accompagne les maisons d’édition, auteurs et professionnels de la cuisine dans la création des photographies de leurs ouvrages culinaires.
Selon les besoins du projet, je peux intervenir sur l’ensemble de la production visuelle : préparation et réalisation des recettes, direction artistique, stylisme culinaire, photographie, portraits et images d’ambiance, puis retouche et livraison des fichiers.
Chaque livre possède son propre langage. Mon travail consiste à le trouver, puis à construire des images suffisamment gourmandes pour donner envie de réaliser la recette, mais aussi suffisamment cohérentes pour donner envie de tourner la page suivante.
Vous préparez un livre de cuisine ou un projet éditorial ? Parlons ensemble de votre projet et imaginons l’univers visuel qui accompagnera vos recettes.