Organiser son premier reportage photo : préparation, shooting et conseils !​

hasna printemps des thés à nîmes - reportage photo - alexandra hanger photographie
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Photographier un artisan, un restaurateur ou plus largement un professionnel dans son environnement, c’est bien plus que réaliser une succession de jolies photos.

Le reportage photo, ou reportage métier comme certains photographes le désignent, permet de raconter un métier, de montrer des gestes, de révéler un savoir-faire et de retranscrire l’atmosphère d’un lieu. Le photographe devient alors un véritable conteur d’histoires : chaque image apporte une information et mises bout à bout, les photographies racontent une histoire.

Mais attention, ce n’est pas parce qu’un reportage doit sembler naturel et spontané qu’il doit être improvisé. Au contraire, plus vous aurez préparé votre séance en amont, plus vous serez disponible le jour J pour observer ce qui se passe devant vous, anticiper les moments intéressants et laisser une place à l’imprévu.

Dans cet article, je vous partage ma façon de préparer et d’organiser un reportage photo professionnel, ainsi que les conseils que j’aurais aimé avoir lorsque j’ai commencé.

Avant de commencer : choisir son premier sujet

Si vous souhaitez vous exercer au reportage sans avoir encore de commande client, commencez par choisir un métier qui vous intéresse réellement et qui éveille votre curiosité. Artisan, céramiste, fleuriste, restaurateur, pâtissier, producteur… Les possibilités sont nombreuses, cherchez autour de chez vous une personne dont l’univers vous attire et avec laquelle vous aimeriez travailler.

Dans un premier temps, je vous conseille de privilégier le contact physique lorsque c’est possible. Rendez-vous directement sur place, présentez votre démarche et expliquez votre projet.
Si vous êtes plutôt réservé, un premier contact par téléphone ou par mail peut évidemment être plus confortable. Dans tous les cas, soyez curieux, posez des questions, intéressez-vous réellement au métier de la personne.

Cette première rencontre est déjà importante, elle permet de voir si le feeling passe des deux côtés. Et croyez-moi, cela aura une influence considérable sur votre reportage.

Dans le cas d'une commande client : commencez par comprendre pourquoi vous photographiez

Lorsque le reportage répond à une commande professionnelle, la réflexion est légèrement différente. Avant de penser aux images que vous allez réaliser, cherchez d’abord à comprendre pourquoi le client en a besoin:
À quoi vont servir les photographies ? Un site internet ? Les réseaux sociaux ? Une campagne de communication ? Un dossier de presse ? Des supports imprimés ? Quelle histoire souhaite-t-il raconter ? Quels aspects de son activité sont particulièrement importants pour lui ? Y a-t-il des produits, des personnes, des gestes ou des espaces qui doivent absolument apparaître ?

Cette étape est essentielle, car un reportage destiné à alimenter Instagram ne sera pas nécessairement construit de la même manière qu’une banque d’images destinée à refaire entièrement un site internet. Vous ne photographiez pas simplement un métier, vous créez des images qui doivent répondre à un besoin.

1- Se documenter avant le reportage

Une fois le sujet choisi, prenez le temps de vous documenter et cherchez à comprendre son métier, ses différentes étapes de fabrication ou de travail, les outils utilisés, les matières premières, les produits finis… Cela vous permettra surtout d’identifier les moments qui pourraient être intéressants à photographier.

Vous pouvez également chercher des inspirations, mais attention, l’objectif n’est pas de reproduire les images des autres. Pinterest, Instagram, les magazines ou les sites de marques peuvent vous aider à réfléchir à des cadrages, des ambiances ou des façons de raconter un métier. Utilisez-les comme une source de réflexion, pas comme une liste d’images à copier.

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2- Échanger avec la personne que vous allez photographier

Prenez ensuite rendez-vous avec votre artisan, restaurateur ou client afin de lui expliquer précisément comment va se dérouler le reportage.
Demandez-lui de vous raconter une journée type. À quel moment se passe telle étape ? Qu’est-ce qui vient ensuite ? Quels gestes sont particulièrement représentatifs de son savoir-faire ? Certains moments ne se produisent-ils qu’à certaines heures ?
Ces informations sont précieuses. Imaginez que vous arriviez chez un boulanger à 10 heures alors que toute la fabrication intéressante a lieu entre 5 heures et 8 heures… Votre reportage risque d’être beaucoup moins riche !

Profitez également de cet échange pour demander si vous êtes autorisé à photographier l’ensemble des espaces, certaines étapes de production et les différentes personnes présentes. Mieux vaut poser toutes ces questions avant le shooting que découvrir une contrainte importante une fois sur place.

3- Faire un repérage avant le jour du shooting

Le repérage n’est pas toujours indispensable mais avec l’expérience, il est tout à fait possible de découvrir certains lieux le jour même et de s’adapter rapidement. Pour un premier reportage, en revanche, je trouve cette étape particulièrement intéressante et rassurante.

Elle permet d’abord de créer un lien avec la personne que vous allez photographier. Le jour du reportage, votre présence sera déjà un peu plus familière et cela peut énormément faciliter les premières minutes de prise de vue.

Mais le repérage est également très utile techniquement. Observez la taille des pièces, les sources de lumière naturelle, la couleur des murs, les espaces dans lesquels vous pourrez vous déplacer, les éventuelles contraintes et les différents angles de prise de vue.

Demandez-vous déjà :
– Où vais-je pouvoir me placer ?
– À quel moment la lumière sera-t-elle la plus intéressante ?
– Ai-je besoin d’un flash ou d’une lumière supplémentaire ?
– Puis-je travailler avec mon matériel habituel ?

Prenez quelques photos avec votre téléphone et notez vos premières idées. Vous gagnerez énormément en sérénité le jour J.

4- Préparer une shot list et un storyboard

Une fois que vous connaissez le lieu, le métier et les différentes étapes du travail, commencez à construire votre reportage. Personnellement, j’aime réfléchir à l’histoire que mes images devront raconter ^^

Vous pouvez créer un moodboard ou un petit storyboard avec quelques photographies d’inspiration, mais je vous conseille surtout de préparer une shot list.
Il ne s’agit pas d’établir une liste rigide de 50 photographies à reproduire exactement,  le reportage doit conserver une part de spontanéité.
La shot list sert surtout de fil conducteur pour éviter de rentrer chez vous en réalisant que vous avez oublié une étape essentielle.

Vous pouvez par exemple construire votre reportage autour de cette trame :

Le lieu → les personnes → les outils → les matières premières → les gestes → les différentes étapes du travail → les détails → le produit fini → les portraits → l’ambiance.

Cette méthode fonctionne pour énormément de métiers. Dans un restaurant, par exemple, vous pourrez photographier la façade et la salle, l’équipe, les produits bruts, la préparation en cuisine, les mains du chef, le dressage, les plats terminés, le service et quelques portraits.
Votre reportage commencera ainsi à raconter une véritable histoire.

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5- Un reportage n'est pas une collection de jolies photos

C’est probablement l’une des choses les plus importantes à comprendre. Vous pouvez revenir avec cinquante très belles photographies et pourtant avoir un reportage incomplet. Pourquoi ? Parce qu’elles racontent toutes la même chose.

Si vous ne réalisez que des gros plans sur les mains de l’artisan, par exemple, vos images seront peut-être magnifiques mais nous ne saurons jamais dans quel environnement il travaille. À l’inverse, uniquement photographier des plans larges ne permettra pas de ressentir la précision de ses gestes.

Pensez donc constamment à varier les plans larges, plans moyens, détails, gestes, portraits, matières, environnement et produits finis.

Imaginez que la personne qui regardera votre galerie ne connaît absolument pas ce métier. Vos photographies doivent lui permettre de le comprendre sans avoir besoin d’explications.

hasna printemps des thés à nîmes - reportage photo - alexandra hanger photographie
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6- Quel matériel prévoir ?

Inutile d’emporter tout votre studio, adaptez votre matériel au reportage et au lieu. Personnellement, je préfère pouvoir rester relativement mobile parce qu’un reportage demande souvent de se déplacer rapidement, de changer d’angle et parfois de travailler dans des espaces assez étroits.

Prévoyez évidemment votre boîtier, vos objectifs, suffisamment de cartes mémoire et plusieurs batteries chargées, ça c’est la base. Selon les conditions, vous pourrez également avoir besoin d’un flash, d’une lumière continue, d’un réflecteur ou d’un petit trépied.

Mais ne surchargez pas inutilement votre sac, le meilleur matériel sera celui qui vous permettra de travailler rapidement sans passer votre temps à changer d’installation.

7- La veille du reportage

La veille, vérifiez systématiquement votre matériel. Rechargez toutes vos batteries, videz et formatez vos cartes mémoire après avoir vérifié leur sauvegarde, nettoyez vos objectifs et votre boîtier et préparez votre sac. Si vous utilisez un flash ou une lumière, testez-les également. Vérifiez votre itinéraire et l’heure du rendez-vous. Gardez aussi votre shot list accessible sur votre téléphone ou dans un petit carnet.

Ces vérifications peuvent sembler évidentes, mais elles permettent d’arriver beaucoup plus sereinement sur place et la sérénité du photographe se ressent énormément pendant une séance. 

8- Le jour J : commencez par observer

Lorsque vous arrivez, ne vous précipitez pas immédiatement sur votre appareil. Prenez quelques minutes pour observer, regardez la lumière, ce qui se passe autour de vous, la manière dont la personne travaille et la façon dont elle se déplace dans son environnement.

Commencez éventuellement par quelques images du lieu : façade, enseigne, atelier, restaurant, décoration, outils… Cela vous permettra également de régler tranquillement votre appareil et de prendre vos marques.

Puis laissez votre sujet travailler. Au début, la présence d’un photographe peut être intimidante et après quelques minutes, la personne finit généralement par reprendre naturellement ses habitudes. C’est souvent à ce moment-là que les images deviennent les plus intéressantes.

9- Photographier les gestes et les détails

Pendant le reportage, tournez autour de votre sujet, ne restez pas figé au même endroit. Photographiez une même action sous plusieurs angles et avec plusieurs valeurs de plans.
Un plan large permettra de comprendre l’environnement tandis qu’un gros plan sur les mains donnera immédiatement une sensation de proximité et mettra davantage en valeur le savoir-faire.

Regardez également tout ce qui pourrait sembler insignifiant au premier abord comme un outil usé, de la farine sur un tablier, une matière première, une main qui saisit un objet, une texture, une étagère… Ces détails sont souvent ceux qui donnent le plus de personnalité à un reportage.

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10- Diriger sans dénaturer : peut-on intervenir pendant un reportage ?

Oui, bien sûr ! Et c’est une question que je trouve particulièrement importante. Faire du reportage ne signifie pas que vous devez devenir totalement invisible et vous interdire toute intervention. Votre rôle reste de créer des images.

Vous pouvez demander à une personne de se déplacer légèrement pour profiter d’une meilleure lumière, de refaire un geste que vous n’avez pas eu le temps de photographier ou de tenir quelques secondes une position intéressante. Vous pouvez également déplacer un élément gênant dans le cadre.

La limite est ailleurs, votre intervention ne doit pas transformer complètement la réalité du métier que vous êtes en train de raconter.

Pour les moments réellement pris sur le vif, n’ayez pas peur de demander : « Est-ce que tu pourrais refaire ce geste ? Je l’ai vu trop tard et il était parfait. » Vous serez surpris : la plupart des personnes acceptent volontiers.

11- Mettre la personne photographiée à l'aise

Votre attitude compte presque autant que votre technique. N’hésitez pas à parler, poser des questions. Intéressez-vous à ce que la personne est en train de faire mais sachez également vous taire lorsque vous sentez qu’elle a besoin de concentration. Le but est de trouver un équilibre entre votre présence et votre discrétion.

Pour les portraits, je préfère généralement attendre un peu. Une fois que la personne s’est habituée à l’appareil et à ma présence, elle est beaucoup plus détendue et les portraits deviennent alors naturellement plus justes.

12- Avant de partir : vérifiez votre reportage

Ne rangez pas votre appareil trop vite, prenez cinq minutes pour regarder votre shot list.

Avez-vous photographié le lieu ? Les personnes ? Les gestes ? Les outils ? Les différentes étapes ? Les détails ? Les produits terminés ? Les portraits ? Demandez également au client : « Y a-t-il quelque chose d’important que nous n’avons pas encore photographié ? »

Cette simple question peut parfois sauver un reportage.

13- La sélection : racontez une histoire

De retour devant votre ordinateur, ne sélectionnez pas uniquement les photographies que vous trouvez individuellement les plus belles, regardez votre reportage dans son ensemble. Votre sélection doit raconter une histoire du début à la fin et évitez donc d’avoir dix images presque identiques d’un même geste et aucune photographie du lieu. 

Alternez les cadrages, les ambiances et les moments, votre galerie doit avoir du rythme.

14- Le post-traitement : conserver une cohérence

La retouche doit également participer à l’unité du reportage. Essayez de conserver une balance des blancs, une colorimétrie et un traitement relativement cohérents sur l’ensemble des photographies.

Toutes les images n’ont évidemment pas besoin d’être parfaitement identiques, la lumière peut changer d’une pièce à l’autre ou au fil de la journée.  Mais lorsque vous regardez la galerie complète, vous devez sentir qu’elle appartient au même univers.

15- La livraison et les droits d'utilisation

Vous pouvez ensuite livrer les photographies dans une galerie en ligne afin que votre client puisse facilement les visualiser et les télécharger. Perso j’utilise Pixieset.

Et même si vous réalisez votre premier reportage gratuitement pour vous constituer un portfolio, pensez à encadrer l’utilisation des images, gratuit ne signifie pas sans règles. Précisez par écrit qui peut utiliser les photographies, sur quels supports et dans quelles conditions.

De votre côté, assurez-vous également d’avoir l’autorisation nécessaire pour présenter les images sur votre site, vos réseaux sociaux ou votre portfolio. C’est d’ailleurs une habitude à prendre dès vos premiers projets.

16- Ce que j'aurais aimé savoir avant mes premiers reportages

Avec le recul, je pense que l’une des erreurs que l’on peut facilement faire lorsque l’on débute est de vouloir absolument réussir chaque photographie.

On se concentre énormément sur ses réglages, son cadrage, la netteté, la lumière et pendant ce temps-là, on oublie parfois de regarder ce qui est réellement en train de se passer.

Aujourd’hui, je préfère anticiper beaucoup plus en amont pour pouvoir justement lâcher prise pendant la séance. Je sais quelles images sont indispensables, mais je reste attentive à tout ce que je n’avais pas prévu. Parce que ce sont souvent ces moments-là qui donnent naissance aux photographies que je préfère.

J’ai également appris qu’un reportage n’a pas besoin d’être totalement documentaire pour être authentique. On peut guider, déplacer, demander de refaire un geste ou créer certaines situations, tant que l’on reste fidèle à la personne et au métier que l’on photographie.

Enfin, j’aurais aimé comprendre plus tôt qu’il n’est pas nécessaire de revenir avec des centaines d’images différentes. L’objectif n’est pas de tout photographier, l’objectif est de photographier suffisamment de choses différentes pour raconter toute l’histoire.

Lancez-vous !

Vous avez maintenant les principales clés pour préparer et organiser votre premier reportage photo. Mais ne cherchez pas à ce qu’il soit parfait.

Vous oublierez peut-être une image, vous choisirez parfois un mauvais angle, vous vous rendrez compte en rentrant qu’un détail aurait mérité d’être photographié autrement. Et ce n’est pas grave, c’est en pratiquant que vous apprendrez à anticiper, à observer plus rapidement et à trouver votre propre manière de raconter une histoire.

Chaque reportage vous rendra plus à l’aise et plus attentif au suivant. Alors prenez votre appareil, allez à la rencontre des artisans, restaurateurs, producteurs et professionnels qui vous inspirent et intéressez-vous réellement à leur histoire.

Parce qu’au-delà des photographies que vous allez créer, vous découvrirez surtout des métiers, des personnalités et des savoir-faire incroyablement enrichissants. Et c’est probablement ce que j’aime le plus dans le reportage photo.

Si vous souhaitez découvrir davantage d’exemples, vous pouvez également consulter mes reportages photo réalisés pour les artisans, restaurants et professionnels : PORTFOLIO

Vous êtes photographe et souhaitez aller plus loin ? Je prépare actuellement de nouveaux contenus autour de la photographie culinaire, du stylisme et de mon expérience de photographe professionnelle. Vous pourrez bientôt les retrouver ici.

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